ROCAILLE MODERNE.
Tour de manège.
Drôle de site ! Du haut, on pense à un site rude, un de ces lieux où le sol est abîmé, où les bâtiments ont du mal à se poser. Pourtant, en s’approchant, cette âpreté disparaît à peu prés, même la végétation a résisté comme elle a pu, elle est là. Au sud, au Nord - Est et de part et d’autre de la parcelle, les barres et les tours sont là, elles aussi, mais leur modénature est disparate et finalement assez tranquille. Au Nord, le terrain est borné par les terrains de tennis, plus bas on rencontre les serres horticoles. À l’Ouest, des tas de graviers et en dessous, les maisons, l’habitat individuel. Un peu partout sur le site on voit des vestiges d’une activité récente, parfois même des traces de rocaille.
Voilà le décor, c’est presque plon-plon. Ce tour du propriétaire révèle que ce site contient un large éventail d’éléments hétérogènes sans aucune correspondance. L’essentiel est de trouver le moyen de mettre tous ces acteurs en connivence. Trouver l’édification architecturale qui parviendra à fédérer tout ça et donner une identité nouvelle au quartier. Il doit fonctionner comme un aimant, un catalyseur, il ne peut s’agir que d’un objet unitaire mis à l’échelle du site pour drainer toutes les énergies et irradier l’ensemble du quartier. Il s’agit d’un nouvel acte fondateur, la création d’un emblème, le coulage des fondations d’un avenir possible. Il sera massif, topographique, une mise en scène à 360° pour saisir cette opportunité magnifique de refaire naître un paysage, structurant et identitaire.
Une fois n’est pas coutume.
Dans ce territoire déqualifié, laissé pour compte et indescriptible, il ne s’agit pas de poser un lycée dans son parc, si beau soit-il, mais d’y enraciner puissamment un paysage vivant et habité, dont la force poétique rayonnera sur l’ensemble du quartier. Du paysage disparu, il nous reste le ciel et la lumière, c’est un joli début. Ils nous serviront, pour construire un lieu d’humanité, de convivialité, de protection et de chaleur.
C’est un projet pour capturer les choses impalpables, c’est un projet haut en couleurs, la couleur c’est un territoire !
Il agit d’abord à l’échelle de l’ensemble, celle de tous, lycéens ou non. L’azur est son rideau de scène, il cadre les vues, et concentre les regards parce qu’il est autre chose, qu’il a d’autres dimensions : ce n’est ni une tour, ni une barre. Ca n’est ni une géométrie pure, ni une fausse nature, c’est un paysage, seulement un paysage ! Avec des couleurs et des lumières.
Le champ des couleurs est monochrome.
C’est l’histoire d’une forêt « sans commune mesure » que l’on traverse en devinant la ligne de crête du lycée. Déjà on change de niveau, de perception pour perturber les échelles, et flatter les sens. C’est une mise en condition, un moyen de se confronter à soi-même et de conserver son libre-arbitre. On y place des théâtres d’ombres, des cercles de palabres sous les arbres, des cercles magiques, des trucs de fées, qu’on ne fait que deviner, des hamacs dans les lianes, des lits de feuilles géantes, des fleurs énormes, des plantes qui sentent fort, des troncs tactiles… C’est un jardin qui réveille. C’est l’occasion d’une digression sur les couleurs de la Casa Malaparte, Le Mépris de Godard, Brigitte Bardot qui parle de ses fesses, Piccoli dans sa voiture rouge. Une couleur forte ramène souvent à une émotion forte !
Il y a le sol aux teintes chaudes, une nappe indigo pour marcher qui se déchire à cause des failles et la matière pourpre, c’est le champ des couleurs du Sud. Même quand, en bon adolescent, on marche la tête dans les chaussures, le sol fait réagir, puisqu’il a réagi au bâtiment dont la puissance a fait craquer la croûte : les failles du bâtiment se sont propagées dans le sol, forcément, rien n’est indifférent. C’est un bâtiment qui a ébranlé le sol, qui l’a mis en vibration. Et puis si on marche sur du bleu, on marche un peu sur le ciel, ça remet la tête à l’endroit ! On peut marcher sur du rouge aussi, comme si la matière venait nous chercher, nous attirer. Et là, le côté tapis rouge, ça rend important, alors on fait attention à soi, c’est bien à cet âge-là d’être considéré comme une personne importante. C’est une météorite, une pierre fascinante accessible qui a atterri dans un jardin épicurien. Il crée un impact et libère les énergies !
Forêt pétrifiée.
Cet objet fédérateur doit trouver une source générique commune à tous, quelque chose qui renvoit à une vision planétaire, à une forme de solidarité humanitaire. Une invitation à une prise de conscience, une ode à l’altérité. L’artifice de la rocaille, inspiré des éléments désuets, oubliés sur le site, qui est l’art de transposer les éléments naturels, en particulier le bois, en béton armé, ouvre un champ de matières riche et intrigant. En déplaçant l’idée à une échelle inhabituelle, le mystère s’épaissit et la matière s’enrichit. C’est comme quand on regarde un fossile et qu’on ne comprend pas très bien pourquoi l’arbre est en pierre, le bois pétrifié c’est toujours un peu mystérieux et poétique, ça renvoie à une échelle de temps qui nous échappe, à celle de la géologie, comme si le bâtiment était une préexistence. Un bloc précieux que l’on a dégagé d’une forêt débordante ! D’ailleurs on s’aperçoit que ce sont des essences précieuses, avec des couleurs profondes, qui évoquent les quatre continents : c’est une préexistence géographique. Le bâtiment devient alors un itinéraire, avec des repères, une toponymie évocatrice : bois de violette, bois de rose, ébène de Macassar, Frêne… Brésil, Indonésie, Maroc, Afrique, Indes …On a cours dans le bloc d’ébène, on va en Inde au lieu d’aller à la cantine ! Le bâtiment se resserre au Nord et s’ouvre au Sud comme un livre que l’on effeuille. C’est puissant les mots !...
Place carrée











