LNT GRENOBLE

Fiche technique

avec la collaboration de
Mafoud Boukhalfa
Jean Lorin
Matthieu Place

Maitrise d’ouvrage
Université pierre Mendes France

La girafe

Hannibal a traversé les Alpes avec ses éléphants. C’est un fait. Rien n’indique qu’il n’a pas fait une halte à Grenoble et qu’une girafe voulant, elle aussi voir du pays, s’est joint à lui. Il s’agit ici de rendre hommage à cette héroïne méconnue car enfin, n’y a-t-il pas plus de mérite à franchir toutes ces montagnes quand on est une girafe que quand on est une éléphant ? Lui avait des ancêtres mammouths qui lui ont transmis génétiquement une sorte de résistance mémorielle, elle, n’avait rien et pourtant elle l’a fait et tout le monde s’en fout. Il faut aujourd’hui, à l’aube de ce nouveau millénaire lui rendre justice et, à défaut de lui dédier un monument qu’elle mérite, lui créer un bâtiment.

Le campus est caractérisé par une immensité de bâtiments assez quelconques, posés le plus à plat possible pour libérer le ciel et entraver la terre. C’est presque une petite agglomération et rien ici n’est fait pour se distraire, se détendre, se rencontrer. C’est un lieu dédié au travail. C’est d’un ennui terrifiant, et c’est pour des milliers et des milliers d’étudiants...

Notre terrain d’emprise est bordé par le futur tram qui amènera son lot de jeunesse assoiffée de savoir chaque matin, elle n’aura à contempler que l’herbe qui pousse et le repos de quelques nuages posés sur les montagnes. Au nord et au sud, il y a deux des plus hauts bâtiments du campus en R+4 et 5. Pas question de mettre le projet à terre et de supprimer un peu plus de nature. Cela reviendrait à lui conférer une position d’humiliation à l’égard de ses voisins, un peu comme un chien sur le dos. Le poser sur des grandes pattes, le remet dans un rapport d’échelle dans son contexte. Tout en libérant le sol à cet endroit, on crée un haut préau. Il pourra permettre à tout un chacun de se parler sans se mouiller, de disposer des activités temporaires : foire à ce qu’on voudra, inscriptions, manifestations, expositions… Le reste du temps, sa hauteur laissera la nature reprendre ses droits. Le sol devient ici un espace d’expérimentation éphémère et de libre appropriation.

Le projet coule alors de source, il se développe sur 3 niveaux desservis par des coursives. Il devient le plus fonctionnel possible mais ces coursives ne sont pas de simples balcons de circulations. Elles sont larges et longues, 4 m par 28m, pour peu que les utilisateurs y placent une machine à café ou à boissons, quelques fauteuils de jardin, le temps d’une cigarette, d’un verre ou d’une conversation, les terrasses deviennent des lieux de convivialité. Il n’y a pas de convivialité sans boisson. La façade ainsi constituée est emballée dans une résille d’inox perforé s’inspirant des tâches de girafe. Hors l’anecdote, cette peau tamisera la lumière et offrira un jeu de clair-obscur urbain. La nuit, les gens circulant dessus deviennent des ombres chinoises mouvantes, la façade s’anime au fil des flux, elle devient un abat-jour urbain. Il ne s’agit plus d’une façade de bâtiment mais d’un écran qui, à 5m du sol diffuse les contours du bâti et participe à son abstraction. Il devient l’écran symbolique et iconographique pignon de l’ensemble de l’UPMF.

Nous voici dans la suite du projet, dans la limite de la représentation ; voit-on ce qu’il y a ou peut-on voir ailleurs, autrement ? Il s’agit d’une conception émotionelle de l’architecture sans notion de façade, avec une expérience simultanée de l’espace intérieur et extérieur, tenter d’abolir les limites dedans/dehors, expérimenter le hasard. La girafe est un animal silencieux et spectaculaire. Ceux qui ont eut le privilège de l’approcher savent à quel point il est difficile de la percevoir. Malgré sa taille et sa peau elle a la faculté de se fondre dans la nature et de disparaître. Ici les peupliers et les ormes feront office de savane, peut-être en ajouterons-nous quelques-uns pour que ce bâtiment dénommé LNT se camoufle dans son environnement pour mieux surprendre celui qui, finalement le devinera.